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Knautie des champs_BE Nat'

« Oh la belle rose ! » vous exclamez-vous au détour d’un chemin, tandis que vos compères, initiés à la botanique, s’écharpent sur mon nom :

  • “C’est une Langue-de-vache te dis-je !“
  • “N’importe quoi, c’est une Oreille d’âne, que l’on surnomme également Oreille-de-Lièvre” répond savamment son confrère.

Allez, je vais mettre tout le monde d’accord : on m’a effectivement affublé de tous ces surnoms. Mais seulement deux noms vernaculaires sont à retenir pour éviter les confusions : Knautie des champs, ou Scabieuse des champs.

De l’origine des (sur)noms

Pour comprendre les petits noms déclamés précédemment, il faut observer mes feuilles de plus près. Certaines d’entre elles sont entières, larges, et évoquent de grandes oreilles. Ou la langue d’un bovin, la texture et l’aspect repoussant en moins.

Knautia arvensis : illustration botanique de Johann Georg Sturm (1796)

Alors pourquoi Knautie, alors qu’Oreille d’âne, c’est quand même vachement plus simple ? Pour honorer la mémoire d’un médecin et botaniste allemand, Christian Knaut (ou Knauth), ayant vécu fin 17e, début 18e siècle. Cette pratique d’associer un nom d’espèce à un.e naturaliste est courante (cf Epine vinette de Darwin : Berberis darwinii). Mais, il n’y a pas que les naturalistes qui sont honorés de la sorte ! Comme cet énorme crustacé nommé Bathynomus vaderi en l’honneur de… Dark vador ! Qui a dit que les scientifiques étaient dénués d’humour ?

Quant au nom de scabieuse, il m’a été donné car je m’en rapproche morphologiquement, mais n’en suis pas une.

De la répartition

Mais revenons à nos moutons, et continuons les présentations. Je parlais en préambule de chemins, car oui, vous pouvez m’observer aisément lors de vos promenades, en lisières de bois, aux abords des champs et dans les prés, et à diverses altitudes (jusqu’à 1900 mètres environ). Autant dire qu’il y a de nombreuses occasions de faire ma connaissance, d’autant plus que je suis bien répartie sur l’ensemble du territoire métropolitain, sauf peut-être sur la façade atlantique. J’avoue avoir une préférence pour les sols basiques et pas trop riches. Mais je m’adapte aussi aux spécificités régionales d’une région, comme, par exemple, la Bretagne et ses sols acides et souvent eutrophes (riches en matières organiques).

Bart Busschots-Flickr

De la floraison

Au printemps apparaissent mes feuilles. Malgré cela, il faut un regard de lynx pour me repérer. S’ensuit une longue période de floraison, qui peut débuter en juin et se terminer en octobre. D’où un intérêt certain pour les amateurs de fleurs, qui apprécie ma présence dans leurs jardins. En tant que vivace, il n’est pas nécessaire de me replanter ou de me ressemer chaque année.

Cette longue durée de floraison, et la teneur importante en nectar, produit en continu, me rend particulièrement plébiscitée par les abeilles sauvages (osmies, andrènes, etc) et autres insectes pollinisateurs à trompe courte : syrphes, coléoptères, bourdons, zygènes.   

Knautie pollinisée par un Demi-deuil – BE Nat’

Et des cousines

Assez parlé de moi, place aux cousines ! Car une knautie peut en cacher une autre. Nous serions une quarantaine d’espèces, dont la Knautie d’Auvergne (Knautia arvernensis), la Knautie des collines (Knautia collina), la Knautie des bois (Knautia dipsacifolia)ou encore la Knautie de Timeroy (Knautia timeroyi), pour celles que l’on trouve en France métropolitaine. Néanmoins, ces dernières ont des aires de répartition moins importantes, car elles se cantonnent surtout dans les zones de moyenne altitude et sur les pourtours méditerranéens.

Ouvrez l’œil lors de vos prochaines promenades estivales, et vous me rencontrerez sûrement !


Les idées à retenir pour briller à la pause-café :

La knautie est une plante dépurative (qui purifie l’organisme) et diurétique, qui peut être utilisée en infusion. Les propriétés hémostatiques et vulnéraires des feuilles permettent une utilisation dans la guérison des plaies. Les jeunes feuilles et les fleurs sont comestibles et peuvent être utilisées par exemple pour décorer des salades.

Entomogame : la dispersion du pollen est assurée par les animaux, c’est-à-dire, en ce qui concerne la Knautie, par les insectes pollinisateurs. La reproduction de l’espèce dépend donc de ces insectes.

Epizoochore : la dispersion des graines est, quant à elle, assurée toujours par la faune, mais qui transporte les graines sur leur corps (pas par ingestion : endozoochore dans ce cas). C’est par ce processus que la plante se propage majoritairement. 

La Knautie des champs est dite « hémicryptophyte » (à moitié cachée), c’est-à-dire que ses bourgeons passent l’hiver au niveau du sol, rendant la plante très peu visible durant une partie de l’année.


Vous souhaitez mieux connaitre la Knautie des champs, c’est par ici :

Les fiches descriptives de l’espèce sur :

Autres pages ressources :

Et pour ceux qui recherchent des conseils pour la plantation et l’entretien des Knauties :

Crédits photo :

Jean-Marie Fournier

Jean-Marie Fournier est le fondateur de BE Nat'. Ecologue, il est spécialisé en botanique: vous pourrez le croiser entrain d'observer la flore, sur les milieux naturels mais aussi urbains. A moins qu'il ne soit munis de sa tarière car Jean-Marie est également expert dans la reconnaissance et le fonctionnement des zones humides

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